Grand Paris Sud : “territoire innovant et apprenant”

En juin 2017, les 76 élus des 23 communes de la communauté d’agglomération de Grand Paris Sud votaient pour le territoire une feuille de route donnant la part belle à l’éducation. Un choix qui s’impose lorsque l’on sait que 24 % de la population de cette zone a moins de 14 ans ! La même année, le territoire se voyait récompensé du label “Grande Ecole du Numérique” par le Ministère de l’Economie. “C’est une victoire pour toute notre agglomération, de Sénart à Grigny en passant par le pôle d’Évry-Corbeil” se félicitait Francis Chouat, alors maire de la commune d’Evry et Président de Grand Paris Sud. Déjà, la communauté d’agglomération ambitionnait de “devenir un véritable territoire éducatif et d’investir dans des filières dynamiques et d’avenir, porteuses pour le développement économique de l’agglomération et riches en emplois et en opportunités pour ses habitants”. Une dynamique qui se poursuit aujourd’hui avec la mise en place d’un Incubateur Educatif autour des trois Cités Educatives (un dispositif lancé en 2018) que compte déjà le territoire. Les premières Rencontres de l’Incubateur Educatif de Grand Paris Sud ont eu lieu jeudi 11 juillet 2019 à Évry-Courcouronnes, au collège Galilée.

Pourquoi ?

Grand Paris Sud a souhaité créer un Incubateur Educatif autour des 3 Cités Educatives que compte déjà son territoire afin que les 23 communes du territoire profitent de leur dynamisme et puissent mettre en commun leurs structures éducatives et réseaux préexistants. Il s’agit de créer un réseau d’échanges notamment autour du dispositif d’apprentissage de la langue française.

Grand Paris Sud se positionne comme un territoire “innovant et apprenant” et s’appuie sur Canopé : le réseau de création et d’accompagnement pédagogiques.  Les objectifs de cette première journée : partager les expériences de chacun et faciliter les échanges pour que des dispositifs puissent être transposés d’une ville à l’autre. Grand Paris Sud veut “faire fructifier l’innovation” et se pense comme un “facilitateur” pour mutualiser les savoirs et les pratiques. “Dans ce programme ambitieux, Grand Paris Sud se positionne au service des villes dans un environnement réunissant de nombreux acteurs : l’Éducation nationale, pivot du dispositif, mais également tous les membres de la sphère éducative et de l’accompagnement scolaire sur le territoire. Le souhait étant de faciliter les liens et les échanges.” (site de Grand Paris Sud)

Comment ?

Comme lors de la mise en place d’une Cité Educative, il s’agit de créer une communauté éducative : maintenir le lien entre Education Nationale, enseignants, éducateurs mais aussi les parents qui doivent être impliqués dans les projets et la réussite éducative de leurs enfants. Souhaitées et animées par Grand Paris Sud, cette première rencontre a vu le jour grâce à l’expérience des réseaux Canopé (réseau de création et d’accompagnement pédagogiques), des départements de l’Essonne et de la Seine-et-Marne. Tout un réseau de villes et partenaires volontaires a été mis en place pour promouvoir une éducation pour tous et au service de tous. Le réseau Canopé a développé un partenariat avec SIANA (centre de ressources pour les cultures numériques en Essonne) afin de favoriser le développement des techniques innovantes dans  l’accompagnement pédagogique. A ce titre la journée de rencontre était d’un style novateur : interactions par le biais de tablettes numériques distribuées aux participants et prise de parole libre dans un esprit démocratique.
Le réseau des Cités Educatives n’est pas le seul mis à contribution. Grand Paris Sud a développé depuis des années des Programme de Réussite Educative (PRE) sur plusieurs villes (Tigery, Villabé, Combs-la-Ville), avec des animations éducatives périscolaires, une aide au permis de conduire, une aide aux devoirs en ligne gratuit, etc. Si l’agglomération n’est pas compétente en matière d’éducation et ne se substitue pas aux communes dans la mise en place de dispositifs éducatifs, elle accompagne plusieurs initiatives municipales, se fait l’écho des bonnes pratiques et des innovations déjà présentes sur le territoires et permet aux villes de mutualiser des compétences. Fidèle en cela à son motto : être une terre d’innovation.

Quel bilan ?

Sans se substituer aux communes, Grand Paris Sud a déjà mis en place le service public “AVEC”, dans la droite lignée du principe de territoire apprenant et parce qu’ici plus qu’ailleurs en France l’accès à la langue française et aux outils numérique est un défi. Avec les associations du secteur, les services de l’État, les collectivités territoriales, les infrastructures d’enseignement et les entreprises, l’agglomération Grand Paris Sud est un territoire pilote de lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme. Ce dispositif est déployé sur le territoire depuis avril 2019 (avec l’ouverture d’un premier guichet au Centre Social Pablo Picasso à Grigny 2 puis un deuxième en mai 2019 au Centre de la vie sociale de la Grande Borne ). D’ici décembre 2020 tout le territoire devra compter des guichets avant une reprise à l’échelle nationale qui confirme déjà le caractère innovant et pilote du territoire de Grand Paris Sud.

Le projet en photos

Interview de Marie-Line Pichery, vice-Présidente de Grand Paris Sud, chargée de la politique de la ville, du renouvellement urbain et de l’accès à la santé, maire de Savigny-le-Temple

1. Les trois cités éducatives que compte Grand Paris Sud sont-elles des moteurs pour le projet d’incubateur éducatif de l’agglomération ? Comment ce réseau va-t-il s’articuler ?

C’est bien sûr la présence de ces trois cités éducatives, à Grigny, Evry-Courcouronnes et Corbeil-Essonnes qui nous a inspiré pour la création de cet incubateur éducatif à Grand Paris Sud. L’idée des cités éducatives est bien celle-là : animer une stratégie ambitieuse visant à améliorer les conditions d’éducation dans les quartiers, via l’accueil de la petite enfance, la santé et l’action sociale, le temps péri et extra-scolaire et les programmes de réussite éducative. Il nous est apparu évident que nous devions porter cette ambition pour l’ensemble des villes de l’agglomération.
En tant que vice-présidente en charge de la Politique de la ville à Grand Paris Sud, j’ai quelquefois entendu ce discours qui voudrait que nos territoires en font beaucoup, pour ne pas dire trop, pour les quartiers défavorisés. Or ici, c’est l’énergie et l’inventivité développées dans ces quartiers qui va servir à l’ensemble des villes.
C’est avec un travail d’animation de réseaux que nous allons y arriver. Chacune des villes de l’agglomération, qu’elle abrite une cité éducative ou pas, qu’elle ait mis en place un PRE ou pas, qu’elle ait des quartiers en politique de la ville ou qu’elle n’en ait pas, va pouvoir venir partager son expérience et s’inspirer de celle des autres.
Il ne s’agit évidemment pas pour l’intercommunalité, qui n’a pas de compétence en la matière, de faire à la place des villes ou de s’ingérer dans leurs décisions. Nous voulons jouer le rôle de facilitateur et permettre encore plus de fluidité dans les échanges.
Nous allons pour cela nous inspirer du « réseau santé » qui existe sur l’agglomération depuis plusieurs années et qui réunit les élus et les techniciens des villes volontaires. Ce réseau, au départ, était surtout un réseau d’échanges de bonnes pratiques ou chacune des villes venait témoigner de ses difficultés et de ses solutions autour de la problématique de l’offre médicale. Très vite, il est devenu bien plus que cela et l’évidence s’est imposée : les solutions devaient être réfléchies à l’échelle du territoire, même si chaque ville restait souveraine.
Cet incubateur éducatif va nous permettre, encore une fois, de partager cette idée à laquelle je tiens : tout seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin.

2. Ce “réseau santé” fait de Grand Paris Sud le premier pôle européen “Santé et Innovations” grâce à la présence de nombreuses entreprises du secteur ainsi que celle de l’université. Le projet d’incubateur s’appuie-t-il sur cette double présence universitaire et professionnelle sur son territoire ?

Avec l’incubateur éducatif, les villes ne vont pas réfléchir seules mais avec tous les partenaires du territoire, avec la conscience qu’elles font partie d’un écosystème ou l’excellence a non seulement toute sa place, mais où elle doit profiter à tous et en particulier aux habitants des quartiers défavorisés pour les accompagner vers le champ des possibles.
Grand Paris Sud est effectivement le premier pôle européen Santé et Innovations, c’est aussi le territoire berceau du Grand Projet Educatif Grigny 2020, qui a servi de modèle à ce qui deviendra ensuite le projet de ces cités éducatives.
Nous avons donc l’habitude d’être un territoire ou l’innovation est partout et à tous les étages, c’est même dans notre ADN. Mais il faut aller encore plus loin, souffler sur cette capacité à inventer, créer et innover, en matière de recherche, d’enseignement supérieur et universitaire, exactement comme en matière d’excellence éducative. Et quand on est capable de cette énergie-là, il faut la partager, permettre à chaque ville de répondre aux besoins de chaque habitant. C’est vraiment l’ambition de ce réseau, de cet incubateur : organiser des rencontres comme celles du 11 juillet dernier, afin qu’aucune expérimentation, qu’aucune innovation, si locale soit- elle, n’échappe à l’ensemble des acteurs du territoire.

3. Il y a deux ans, Grand Paris Sud obtenait le label “Grande École du Numérique” du Ministère de l’économie pour son triple projet de formation aux métiers du numérique sur les sites d’Évry-Courcouronnes, Grigny et Sénart. L’incubateur se situe-t-il dans une continuité avec ce premier projet ?

Là encore, c’est la raison d’être de notre territoire : nous continuons à être ce pôle d’excellence numérique et, à la fois, nous sommes le premier territoire à avoir mis en place un service public d’accès à la langue française et au langage numérique. L’excellence partout et pour tous, sans jamais oublier ceux qui en ont le plus besoin.
En effet, depuis plus d’un an, Grand Paris Sud travaille à la création d’un service d’accès à la langue française et de lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme, AVEC, à l’échelle de son territoire.
En effet, sur ce territoire exemplaire, on estime que 20 % de la population habitant dans les quartiers politique de la ville, soit près de 40 000 personnes – deux fois plus que la moyenne nationale – est touchée par les problèmes d’accès à la langue. A terme, ce « service public » devra permettre de mobiliser à l’échelle de l’agglomération un ensemble de dispositifs et d’actions visant à prévenir ou remédier aux situations d’illettrisme et d’illectronisme, dans un continuum d’actions allant de la petite enfance à l’âge adulte. Là encore, il ne s’agit pas de réinventer l’eau chaude mais, pour l’agglomération, d’agir en fédérateur, de valoriser et de coordonner les dispositifs existant pour mettre en place de vrais parcours d’apprentissage.

4. Les habitants du territoire ont-ils été inclus à la réflexion en amont du projet d’incubateur pour cerner leurs attentes et leurs besoins ? Avez-vous déjà mis en place certains éléments de l’incubateur et, si oui, quels sont les premiers retours des usagers ?

Le 11 juillet dernier, plus de soixante personnes étaient présentes aux premières rencontres de l’incubateur éducatif de Grand Paris Sud, co-pilotées par le réseau Canopé et qui se sont déroulées en présence de Michel Bisson, Président de l’agglomération Grand Paris Sud et de Françoise Savy, conseillère déléguée à l’éducation. Ces rencontres, qui avaient lieu symboliquement dans un collège, ont permis aux villes, mais aussi aux acteurs institutionnels et associatifs, de venir échanger sur cette notion d’incubateur et, pour certains, de faire part de leur expérience, de leurs solutions. Autre symbole, c’est aussi ce 11 juillet qu’Evry-Courcouronnes a appris qu’elle venait d’entrer dans le très sélectif réseau des « villes apprenantes Unesco », qui ne compte que quatre villes en France. Ce label donne beaucoup d’importance à la proximité.
Vous l’aurez compris : il n’est pas question pour l’agglomération de se substituer aux villes, mais de leur permettre justement de mieux exprimer leurs besoins, les attentes de leurs habitants et de venir trouver des idées, des pistes de solutions et de de rencontrer certains acteurs de terrain qu’elles pouvaient ne pas connaître.
Parmi les premières initiatives émanant de ce besoin de mise en réseau et de cette volonté d’excellence pour tous : à la rentrée prochaine, le guide du stagiaire et de l’apprenti sera diffusé auprès de tous les élèves de troisième du territoire. A l’origine, ce guide avait été créé par la Maison de l’Innovation Pédagogique et de l’Orientation Professionnelle pour les élèves de Grigny. Très vite, nous nous sommes aperçus que ce guide pouvait être un outil formidable pour les élèves de l’ensemble des quartiers prioritaires du territoire. En effet, nous savons que ces enfants sont, plus que les autres, soumis à une orientation subie, qui est l’une des principales sources de décrochage. Et cette année, nous sommes allés encore plus loin en prenant la décision de proposer ce guide à tous les élèves du territoire, qu’ils soient issus de quartier prioritaire ou non. Quelle famille, en effet, n’est pas perdue devant la complexité du système ?
Voilà, c’est cela notre idée de l’excellence pour tous et du partage à Grand Paris Sud et c’est celle que je porte en tant que vice-présidente en charge de la Politique de la Ville : toujours emprunter la démarche d’excellence qui est celle du territoire pour la mettre au service de tous ses habitants, et, en particulier, ceux qui en ont le plus besoin. Et ne jamais oublier que c’est depuis ces quartiers, où la vie est souvent plus difficile qu’ailleurs, qu’émergent les solutions les plus innovantes, qui pourront ensuite servir à tous.

Fiche d'identité de la communauté d'agglomérationLe projet en chiffresPour aller plus loin
  • Nom : Grand Paris Sud
  • Département : Essonne (91) & Seine-et-Marne (77)
  • Région : Ile-de-France
  • Population : 351 608 habitants
  • Président : Michel Bisson, maire de Lieusaint.
  • Site internet : www.grandparissud.fr
  • 14 établissements d’enseignement supérieur
  • 20 000 étudiants
  • 2,2 jeunes de moins de 20 ans pour une personne de 60 ans