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Les Courtillières à Pantin : le « droit au beau » au cœur d’une rénovation ambitieuse

Crédits : ville de Pantin

 

A l’architecte Emile Aillaud nous devons les célèbres Tours Nuages de Nanterre, chères aux enfants qui regardent défiler le paysage depuis les voitures qui empruntent le boulevard périphérique parisien.

Pour le grand ensemble des Courtillières à Pantin, loin des tours et des barres au fonctionnalisme austère construites en nombre Après-guerre, il proposa, à la fin des années 1950, une structure ondulante le long de laquelle l’œil peut danser. A l’occasion d’une rénovation en deux temps des cinq bâtiments de ce « Serpentin » et de ses espaces extérieurs, la mairie de Pantin a fait le choix de consacrer le droit au beau pour tous par un respect soigneux de l’œuvre originale d’Emile Aillaud. Cette démarche est la mise en œuvre de la « gestion urbaine et sociale de proximité » développée dans la Charte territoriale signée en 2016 par les bailleurs HLM et les membres de l’EPT Est Ensemble, auquel appartient Pantin.

Pourquoi ?

Parce que ses habitants sont le premier patrimoine d’un quartier, la mairie de Pantin a voulu prioriser ce lien entre population et territoire par le maintien, la modernisation et le développement de services de proximité aux Courtillières. Ainsi les trois groupes scolaires du quartier et un gymnase ont-ils été rénovés tandis qu’un centre de santé et un deuxième gymnase ont été reconstruits. Pour ancrer le droit au beau pour tous, l’accès à la culture a lui aussi été facilité : bibliothèque, ludothèque et salle de diffusion de près de 1400 m² sont en cours de construction. Il s’agit également d’être capable d’améliorer concrètement le quotidien des habitants du « Serpentin », c’est le sens de la Gestion Urbaine et Sociale de Proximité voulue par la mairie de Pantin et les élus du territoire de l’EPT Est Ensemble : réalisation d’aménagements, petits travaux de réparation, gestion des déchets et encombrants etc. : il faut que la ville fonctionne bien, au quotidien.

Comment ?

La rénovation des 960 mètres de longueur du « Serpentin » devait répondre à plusieurs exigences patrimoniales tout en modernisant l’esthétique du bâtiment. Ce sont 30 000 000 de carrés d’émaux de verre, matériau pérenne, qui ont été répartis sur 183 000 plaques de ciment, ce qui garanti la durabilité du revêtement des 30 000 m2 de façade de ces bâtiments curvilignes tout en assurant l’isolation thermique et phonique en adéquation avec les normes actuelles.
Ce choix de la mosaïque de verre a aussi permis la déclinaison de plusieurs couleurs sur la façade tout en lui conservant son aspect très lisse, voulu par Emile Aillaud. L’artiste Pierre di Scullio a joué avec les onze teintes de mosaïque pour apporter une dimension poétique à l’espace urbain. Pari gagné pour Pantin dont l’ensemble des Courtillières, repensé et libéré des aplats d’enduits dégradés des années 1980, s’est vu labellisé Patrimoine du XXème siècle par le Ministère de la Culture.

Quel bilan ?

Le projet s’est étalé sur plusieurs années car il était compliqué de reloger les familles le temps que l’intérieur des appartements soit rénové. Aujourd’hui, le quartier est unique et possède une identité esthétique forte. Côté rue, le dégradé de couleur monte vers la lumière. Côté parc, les variations horizontales jouent avec la végétation et signalent les cinq entrées du bâtiment. C’est l’espace public tout entier qui a été réécrit grâce à la percée de nouvelles voies de communication. Le projet vient tout juste d’être finalisé avec l’aménagement d’un parc de 5 hectares qui épouse le plus possible le relief existant et est équipé de jeux pour tous les âges et doté un plan de floraison qui suit le parcours chromatique du Serpentin. Ce parc est clôturé par une œuvre unique pensée pour être le trait d’union entre la végétation et le Serpentin d’Aillaud.

Le projet en photos

 Interview d’Alain Périès, 1er adjoint au maire, délégué à l’urbanisme de la ville de Pantin

Avez-vous fait une consultation publique avant les appels à projet pour la rénovation de l’ensemble urbain Les Courtillères ?

La rénovation des courtilières a fait l’objet d’une intense et longue concertation. Dès 2001, un questionnaire concernant leurs principales attentes a été envoyé à l’ensemble des habitants. Le taux de réponse à été de 20%. En 2002, plusieurs réunions de concertation, appuyées sur des expositions à la maison de quartier, se sont tenues sur les trois projets pour lesquels les équipes d’architectes-urbanistes, présentes lors des réunions, avaient tenu compte des priorités exprimées dans les réponses au questionnaire envoyé en 2001. Des visites domiciliaires pour contacter les habitants ont completé le dispositif. Au total ce sont 1700 personnes qui ont participé à ces concertations.

Dans une deuxième phase, le 9 juin 2006, à l’occasion de la Fête des Courtillières s’est ouverte une exposition sur les grandes lignes du projet avec un « plan géant » permettant aux habitants de se situer dans le futur quartier, des témoignages et vidéos diffusés sur écrans géants, des animations par les services municipaux, un débat avec les élus. Un feu d’artifice et un buffet-dîner ont clôt les festivités. Près de 3000 personnes ont été touchées à des degrés divers par cette fête de lancement.

L’importance du nombre d’habitant(e)s qui se sont impliqué(e)s dans l’élaboration de ce projet montre l’investissement important de la population dans cette rénovation et son suivi. Plus le projet avançait et devenait réalité, plus le sentiment d’abandon des populations régressait et le sentiment d’appartenance à Pantin a progressé.

La GUSP, « gestion urbaine et sociale de proximité », est-elle selon vous la clef pour une vie de quartier harmonieuse ?

Les textes législatifs parlent de « gestion urbaine de proximité ». Pour marquer le fait que cette gestion ne devait pas se limiter au seul aspect urbain mais aussi prendre en compte l’aspect humain, nous parlons à Pantin de « gestion urbaine et sociale de proximité ».
Elle a été mise en place pour succéder aux cellules de veille qui, pendant les premières années de la rénovation, se tenaient une fois par mois. Elles se composaient d’habitants, des associations des locataires, des représentants du Conseil de Quartier, des techniciens de la ville, des bailleurs sociaux présents sur le site, et du maître d’œuvre. L’élu en charge de cette rénovation était présent une fois par trimestre.

Désormais, la GUSP fait l’objet d’une convention avec l’État et a repris globalement le même schéma en terme de cellules de veille. Une fois par an un organe décisionnel s’attachera à valider les orientations de travail et programmes annuels d’actions, effectuera des arbitrages sur des points bloquants et mènera une évaluation de la démarche. Co-présidé par le Maire et les élus référents du dispositif, le comité de pilotage réunira l’ensemble des partenaires concernés : directions de la ville, bailleurs sociaux, directions d’Est Ensemble, représentants du conseil citoyen, habitants etc.
Ce dispositif est incontestablement un outil d’implication des habitant(e)s et de traitement efficace des divers problèmes de la vie dans le quartier.

La ville de Pantin a-t-elle d’autres projets de rénovation qui fassent la part belle à ce « droit au beau » ?

Au delà de ce grand projet, la ville de Pantin s’attache à la qualité architecturale dans tous les projets qui lui sont soumis. Les élus référents rencontrent systématiquement les porteurs de grands projets pour examiner avec eux les exigences de la Ville. L’harmonie d’une rue, d’un quartier, sans être figé et rejeter le renouveau, est essentielle. Aux delà des obligations légales, la mairie de Pantin a fait le choix, dans le PLU, de protéger 486 bâtiments qui entrent dans la nouvelle catégorie des « sites patrimoniaux remarquables » selon le texte de juillet 2016 relatif à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine.

Fiche d'identité de la communeLe projet en chiffresPour aller plus loin
  • Commune : Pantin
  • Département : Seine-Saint-Denis
  • Région : Ile-de-France
  • Population : 54 852 habitants
  • Maire : Bertrand Kern (Parti Socialiste)
  • Site internet : www.ville-pantin.fr
  • 57,8 millions € de subventions de l’ANRU
  • 1738 logements sociaux réhabilités ou restructurés
  • 130 appartements en accession à la propriété

 

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