Communes avec ou sans QPV : dispose-t-on des mêmes marges de manœuvre ?
Investissement, recettes/ressources, dépenses… quelles sont réellement leurs capacités ?
À l’ouverture des débats sur le PLF 2027, Ville & Banlieue et l’AFL présentent les premiers résultats de l’analyse de la situation financière des communes avec un ou plusieurs quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV).
La situation financière des communes avec QPV : malgré les dotations, des marges financières toujours plus contraintes
Cette étude inédite compare, sur la période 2019-2025, la trajectoire budgétaire des communes de plus de 3 500 habitants avec et sans QPV. Elle a été présentée le 29 septembre 2026 aux adhérents, à la presse par Yann Doyen, Directeur des engagements de l’AF, Henri Daudignon, Analyste crédit et chargé d’études du secteur public de l’A avec Catherine Arenou, 1ère VP de Ville & Banlieue, maire de Chanteloup-les-Vignes (78), Camille Vielhescaze, VP et Président de la commission finances de Ville & Banlieue, 1er adjoint au maire de Cachan (94).
Des finances plus contraintes
Les communes avec QPV disposent de marges de manœuvre financières plus limitées que les autres communes de leur strate. En 2025, leur taux d’épargne brute s’établit à 12,7 %, contre 15,7 % pour les communes sans QPV, tandis que leur taux d’endettement atteint 70,3 %, contre 58,4 %.
Des dotations de fonctionnement plus élevées qui ne compensent pas des charges plus importantes
L’analyse nous montre la capacité des communes avec QPV à maintenir un effort d’investissement malgré un contexte budgétaire contraint. En 2025, elles consacrent en moyenne 396 euros par habitant aux dépenses d’équipement, contre 464 euros pour les autres communes de plus de 3 500 habitants.
Les communes avec QPV perçoivent davantage de dotations de fonctionnement par habitant (381 € contre 258 €), traduisant l’effort de solidarité nationale à destination de territoires confrontés à des besoins plus importants. Mais ces dotations supplémentaires ne suffisent pas à compenser le niveau plus élevé de leurs dépenses de fonctionnement et à rétablir des capacités financières comparables à celles des autres communes.
Elles disposent par ailleurs de moins de subventions d’investissement par habitant (88 € contre 99 €). Un écart qui pèse directement sur leur capacité à financer leurs projets. A noter que la typologie des communes avec QPV (davantage de villes de plus de 20 000 habitants) explique en partie ce chiffre. Les communes QPV de moins de 20 000 habitants perçoivent ainsi plus de subventions d’investissement par habitant.
Plus de recours à l’emprunt, mais une capacité d’investissement qui reste inférieure
Parce qu’elles disposent de marges d’autofinancement plus limitées alors même que leurs besoins demeurent élevés, les communes avec QPV s’appuient davantage sur le levier de l’emprunt pour financer leurs investissements.
En 2025, l’emprunt représente 33,4 % des dépenses réelles d’investissement, contre 21 % pour les communes ne disposant pas de QPV. Ce constat s’observe sur l’ensemble de la période étudiée.
« Le constat est frappant : les communes avec QPV doivent davantage s’endetter pour investir et, malgré cet effort, elles investissent 15 % de moins par habitant. Là où les besoins sont souvent les plus importants, les capacités d’investissement sont les plus contraintes » souligne Camille Vielhescaze, Président de la commission finances de Ville & Banlieue.
Communes de plus de 20 000 habitants : un recours à l’endettement nettement supérieur
L’analyse révèle des réalités différentes selon les strates démographiques.
Les communes avec QPV de 3 500 à 10 000 habitants bénéficient davantage de subventions d’investissement par habitant et présentent des niveaux d’endettement proches de ceux de leur strate. Elles affichent toutefois un taux d’épargne inférieur à celui des communes de la même strate sans QPV et à niveau d’endettement équivalent. Leur capacité de désendettement est donc légèrement plus élevée. À l’inverse, dans les communes de plus de 20 000 habitants, les écarts se creusent fortement : le taux d’endettement atteint 83,7 %, contre 54,3 % pour les communes comparables sans QPV.
Chiffres à retenir collectivités avec QPV vs sans QPV :
- Les communes avec QPV présentent une situation financière moins favorable que celle des autres communes comparables, mais qui suit la tendance nationale.
- Leur taux d’épargne est plus faible (12,7 %) et leur niveau d’endettement plus élevé (70,3 %).
- 33,4 % contre 21 % —> Une part de l’emprunt beaucoup plus importante dans le financement des investissements.
- 396 € contre 464 € par habitant de dépenses d’équipement —> Et malgré cela, près de 15 % d’investissement en moins.
Objectiver dans le temps la situation financière des communes avec QPV
Cette 1ere analyse s’inscrit dans un partenariat entre l’AFL et Ville & Banlieue, avec l’objectif de de suivre dans le temps sous forme de baromètre la situation financière des communes avec des QPV.
Pour Ville & Banlieue, cette démarche doit contribuer à mieux objectiver les réalités financières des collectivités confrontées à des besoins sociaux, urbains et économiques importants, à partir de données comparables et suivies dans le temps.
Inscrite dans le cadre d’un partenariat de trois ans, cette étude a vocation à être reconduite afin de suivre la situation financière de ces collectivités et d’objectiver, sous la forme d’un Baromètre, les débats publics avec des données neutres et comparables dans le temps.
Un partenariat pour apporter un éclairage sur la situation financière des communes concernées par la politique de la ville
« Les communes avec des quartiers prioritaires sont confrontées à des défis sociaux, économiques et urbains majeurs. Peu de données permettent aujourd’hui de mesurer précisément les conséquences de ces réalités sur leur situation financière. Cette démarche avec l’AFL répond aussi à un objectif de mise en visibilité et d’objectivation à l’échelle nationale des particularités de collectivités que représente notre association », précise Gilles Leproust, Président de Ville & Banlieue.
« En tant que banque créée par et pour les collectivités, l’AFL a pour mission d’apporter un éclairage indépendant sur les finances locales. Ce premier Baromètre illustre notre volonté commune avec Ville & Banlieue de mettre la donnée financière au service de l’action publique locale. En suivant ces indicateurs dans le temps, nous souhaitons contribuer à une meilleure compréhension des enjeux auxquels sont confrontées les collectivités accueillant des QPV », ajoute Philippe Rogier, Directeur général de l’AFL-ST.
De gauche à droite : Henri Daudignon, Yann Doyen, Catherine Arenou, Camille Vielhescaze.
Pour aller plus loin
Accédez à la présentation du 29 septembre 2026 de la situation financière des collectivités avec QPV réalisée par l’AFL avec Ville & Banlieue :
Contact Ville & Banlieue : [email protected]
Contact AFL : [email protected]





