A Bègles, un bistrot citoyen au coeur du centre social et culturel de l’Estey

Lorsqu’il a été question de créer un nouvel espace dans le centre social et culturel de l’Estey, certains habitants ont évoqué l’idée d‘une ludothèque. D’autres ont eu envie de bousculer les pratiques et d’imaginer un lieu innovant autour de la cuisine du monde.
Restaurant convivial, accueil de stagiaires en milieu professionnel, formation à la cuisine de rue, activité traiteur pour les structures associatives, ateliers et rencontres thématiques … le Bistrot de l’Estey aux milles facettes fait maintenant l’unanimité !

 

Pourquoi ?

La cuisine fédère. Les repas partagés facilitent les rencontres, les échanges. Un bistrot est un lieu de socialisation, de création de liens, de confiance, de connaissance, de compétences. En cela, il répond précisément aux différentes vocations du centre social et culturel.

Comment ?

Le Bistrot est conçu comme un outil à usages multiples. C’est son intérêt majeur.

Côté cuisine, Charline Fournier est aux commandes, elle est issue du monde de l’animation sociale et des food trucks et se forme aux cuisines du monde. Elle est accompagnée pendant un an et demi par un commis de cuisine, porteur d’un projet de création d’entreprise. Le Bistrot, soutenu par un Comité de pilotage composé d’acteurs éco-compétents de l’insertion professionnelle et de la cuisine, a déjà accompagné ainsi un créateur d’entreprise qui exerce maintenant sur le territoire de la commune.
D’autres publics peuvent être accueillis dans un cadre conventionné : jeunes en insertion envoyés par l’EPIDe (Etablissement Public d’Insertion de la Défense), personnes isolées soutenues par le CCAS de la commune, patients de l’hôpital de jour voisin (encadrés par le personnel soignant et la conseillère en Economie Sociale et Familiale du centre social et culturel), etc…
Enfin, le Bistrot propose un service « traiteur » aux structures culturelles et d’économie sociale et solidaire de la ville.

Côté salle, les adhérents du centre social et culturel bénéficient trois jours par semaine d’un repas complet et équilibré pour 6,50 euros (adulte) et 4 euros (enfants). Cette attractivité du Bistrot par la qualité et le coût de l’offre ont permis aux familles d’investir le lieu le mercredi.
Lieu de partage et d’échange, la culture s’invite très souvent au Bistrot pour des siestes littéraires, des contes, des témoignages ou des « teasers » en lien avec les événements auxquels l’Estey participe tels que le Festival Hors jeu En jeu ou la manifestation régionale des AOC (Apéros d’Origine Contrôlée) ou encore la fête du Goût.

 

Quel bilan ?

Le Bistrot de l’Estey fonctionne comme un tiers-lieu dont peuvent se saisir les habitants de Bègles, les acteurs sociaux de la commune et les services municipaux. La dernière campagne de mobilisation des béglais autour du plan canicule s’est faite autour de ces tables, à l’issue d’un repas indien.
C’est un espace qui recèle encore de nombreuses possibilités, comme l’idée d’utiliser les fruits et légumes des jardins partagés de la ville pour les menus hebdomadaires. C’est aussi un déclencheur de projets nouveaux autour de la cuisine, comme celui d’imaginer une forme nomade du Bistrot, façon tables d’hôtes, dans les quartiers de la ville !

Le projet en photos

 

L’interview d’Isabelle Foret-Pougnet, déléguée au Développement Social Urbain et à la Vie Citoyenne

Le Centre Social et Culturel de l’Estey n’est pas une association, mais un établissement public de la ville. Pourquoi avoir choisi ce modèle juridique particulier ?
Isabelle Foret-Pougnet. En 2006, date de création du Centre Social, plusieurs centres sociaux associatifs étaient en grande difficulté économique en Gironde et risquaient de fermer leurs portes.

Nous souhaitions mettre à disposition du Centre Social du personnel d’animation « Ville » statut fonction publique (ex « service d’animation Quartiers ») et nous voulions garantir la pérennité de leurs emplois, et la pérennité de ce nouvel espace.  De plus, la ville se trouve être le principal financeur, avec la CAF et dans une moindre mesure le Conseil Départemental.

Ce qui nous a toujours paru primordial, ce n’est pas tant le statut que le mode de gouvernance choisi et les instances de participation et d’implication des usagers mises en place.

Comment l’idée du Bistrot a-t-elle été accueillie par les habitants ? 
I.F-P . Les habitants ont été un peu surpris au départ, car c’était une idée « top down » qui venait bousculer des pratiques installées. L’Estey animait un atelier cuisine hebdomadaire très fréquenté et certains habitants ont mis un peu de temps à accepter l’idée que la cuisine pédagogique soit investie à plein temps par un cuisinier professionnel.

Au début se sont côtoyées dans un même espace deux manières différentes de faire de la cuisine, 2 organisations de la production et des espaces de travail. Nous avons tout de suite cherché à établir des ponts entre ces 2 « cultures », celui de l’animation et celui de la cuisine. Et assez vite les deux ont bénéficié de l’apport Bistrot. Le cuisinier a ouvert ses portes pour accueillir les bénévoles de l’atelier et s’est trouvé en position de formateur pour transmettre des « tours de main » et des recettes. Dans le même temps, il s’ouvrait à d’autres publics avec lesquels il n’avait pas travaillés jusqu’alors.

Les premiers mois ont nécessité des remédiations avant de laisser place à un climat apaisé. On était passé de la défiance à la complémentarité. Il est fréquent maintenant de voir les habitants proposer leur service au Bistrot et cela dans le strict respect des règles d’hygiène. Très rapidement, le constat a été unanimement positif sur le fait que le bistrot était un formidable outil de mixité et de formation.

La réussite quasi-immédiate du projet tient beaucoup à la personnalité du Chef qui a lancé le bistrot. Son charisme et son professionnalisme ont donné l’élan.

Le bistrot est ouvert depuis 2012. Comment a-t-il transformé la ville ?
I.F-P. Le bistrot a permis de faire découvrir le centre social et culturel de l’Estey à d’autres publics. Les gens qui travaillent près du Bistrot viennent y déjeuner, ou parfois même y tenir leurs réunions !

Par ailleurs, lorsque le Bistrot fait office de traiteur pour les structures associatives de la Ville, les adhérents du centre peuvent proposer leurs services en tant que bénévoles. Ils gagnent ainsi des crédits pour réaliser des projets individuels … mais ils acquièrent aussi de nouvelles compétences !

Comment envisagez-vous l’avenir de ce lieu si particulier ? Avez vous des projets pour lui ?
I.F-PNous souhaiterions étendre l’esprit du Bistrot ! Et pour cela, nous envisageons une version nomade du lieu, sous la forme d’un mobilier facilement transportable, qui pourrait s’installer n’importe où dans la ville. Ce serait l’occasion de travailler et de discuter avec les habitants dans les meilleures conditions possibles.

 

Le témoignage d’Ibrahima, 8 ans

 Ici on mange des légumes sans le savoir, c’est mieux qu’avec maman 

Le témoignage de Jean-Pierre, 65 ans

Avant je venais déjeuner seul et j’ai maintenant rendez vous tous les mardis au Bistrot, on forme une tablée de 6-7 personnes

 

Fiche d'identité de la communeLe projet en chiffresFocus sur le centre social de l'Estey Pour aller plus loin
  • Commune : Bègles
  • Département :  Gironde (33)
  • Région : Aquitaine
  • Population : 25 380 habitants
  • Maire : Noël Mamère (EELV) 
  • Site internet : www.mairie.begles.fr
  • 47 personnes : plus grosses affluence au Bistrot, pour l’université populaire sur les thème des Belles histoires de l’immigration
  • 6,50 euros pour un repas complet et équilibré
  • 4 euros pour un menu enfant
  • 15, c’est le nombre des bénévoles qui viennent aider lors des grosses prestations
  • 220 repas, c’est la plus grosse prestation type traiteur fournie par le Bistrot pour les acteurs économiques du territoire à l’occasion de la fête de la morue
  • 10 stagiaires accueillis sur une année pleine

 

Créé en 2006, le Centre Social et Culturel de l’Estey est un projet porté par la ville de Bègles et soutenu par la Caisse d’Allocations Familiales de la Gironde et le Conseil Départemental de la Gironde.

Le centre social et culturel n’est pas une association, mais un Etablissement public de la ville qui a, dès le départ, fait de la participation des habitants le levier central de son action.

Conforté par une évaluation commanditée par la municipalité et la CAF et réalisée en 2009 par le cabinet toulousain le Cirèse, le projet béglais intéresse désormais de nombreux centres en construction.

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